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Dans la musique occidentale, l’harmonie tonale est le procédé d'écriture des simultanéités sonores, spécifique au système tonal. Cette discipline se donne pour objectif d'étudier, au sein du système tonal, les enchaînements d'accords.
modifier HistoireL'harmonie tonale est une technique d'écriture musicale, née dans le courant du XVIe siècle avec l'affirmation du sentiment tonal dans la musique. Auparavant, la musique était essentiellement modale et basée sur la mélodie. Jusqu'alors, le contrepoint, technique d'écriture se rattachant à cette musique modale donnait la primauté aux lignes mélodiques et à leur superposition. Sans intégrer la notion d'accord, les règles du contrepoint définissaient les intervalles harmoniques admissibles entre les différentes parties deux à deux en tenant compte de leurs mouvements mélodiques. Il s'agissait d'une harmonie dite d'intervalles. L’harmonie tonale, elle, a pour vocation d'unir ces principes d'horizontalité (la mélodie) avec les principes de verticalité (les accords). Elle reprend une partie des règles du contrepoint, et y apporte des enrichissements propres à cette verticalité à trois sons et plus. Le contrepoint, quant à lui, a continué d'évoluer en parallèle de l'harmonie1. Jusqu'en 1720 - 1730, le tempérament égal n'était généralement pas utilisé (sauf par les instruments à cordes et à frettes pour lesquels il est presque nécessaire). Certaines modulations n'étaient pas praticables du fait de la présence de la quinte du loup dans le cycle des quintes non tempéré 2 ; son emplacement étant fixe (la♭ - mi♭), elle interdisait les modulations la faisant se situer en une position inappropriée dans la gamme. L'apparition du tempérament égal a profondément contribué à l'évolution de l'harmonie tonale en en permettant l'application à toutes les modulations.3. Les genres contrapuntiques ont également bénéficié du tempérament égal et des possibilités des modulations qu'il offre. 4 De nos jours, contrepoint et harmonie tonale continuent d'être enseignés en parallèle, comme deux disciplines à part entière et complémentaires. Cette complémentarité peut être illustrée par cette citation d'Olivier Messiaen :
modifier Prévalence de l’harmonie tonale dans la musique occidentaleL’harmonie tonale, depuis les premiers essais de polyphonie que l’on situe entre les XIe et XIIe siècles6, jusqu’à ses ultimes perfectionnements de la période baroque et ses multiples enrichissements des périodes romantique et symphonique, est indissociable de l’histoire de la musique occidentale. Elle en constitue à la fois le fondement et le fil conducteur. Bien que plusieurs auteurs aient théorisé avant lui7, Jean-Philippe Rameau (1683-1764) est généralement considéré comme le premier à avoir exprimé en un tout cohérent les conventions, les règles et les usages de l'harmonie tonale. Rameau veut fonder l'harmonie sur les lois « naturelles »8, dans lequel ses démonstrations se fondent sur un cartésianisme purement mathématique. Plus tard, après avoir découvert les travaux de Joseph Sauveur, il mettra particulièrement en exergue l'importance particulière des sons harmoniques (théorie du « corps sonore »9, en vertu de laquelle il considère que l'harmonie préexiste à la mélodie et forme la quintessence de la musique. Les recherches de Rameau, fondées sur son expérience propre et, partiellement, sur son intuition et la propension de son époque à rechercher des explications « naturelles » à tout phénomène puis appuyées sur l'expérience, sont consignées dans un second traité Génération harmonique en 1737. L'approche de Rameau, dans son souci de systématisation, n'est pas exempte d'erreurs, telles que la notion d'« harmonique inférieur », ou d'accord parfait mineur10. Cette approche recevra un complément théorique important, notamment au plan de la physiologie, dans les travaux de Helmholtz. La musique contemporaine à partir du XXe siècle, a pris nombre de libertés mais ne s'est jamais vraiment dissociée complètement de l’harmonie tonale : de nombreux compositeurs de cette époque ont conçu de nouveaux systèmes musicaux se définissant avant tout par leur opposition au système tonal11. Seule exception, la musique concrète qui, n'utilisant aucune « note », n’utilise forcément aucune harmonie. Pourtant, Olivier Messiaen lui-même, inventeur des modes à transpositions limitées fondés sur des gammes atonales, affirmera tout au long de sa fructueuse production musicale que tous les chemins, si tortueux soient-ils, qu’on a essayé d’emprunter pour s’éloigner de l’harmonie scolastique, restent dominés par la beauté et la supériorité de l’accord parfait, et tout particulièrement de l’accord parfait majeur. L'apparition du sérialisme et de la musique concrète au XXe siècle marque la fin du strict respect des règles de l'harmonie tonale et du contrepoint classique, mais paradoxalement en affirme la pérennité. Paul Dukas l'exprime de cette façon :
modifier L'harmonie tonale hors du cadre de la musique « classique »Il faut ramener à de justes proportions ce que représente la musique atonale par rapport à la tonale, afin de constater que l'utilisation de l’harmonie tonale élémentaire représente, notamment dans la production musicale actuelle (XXe et XXIe siècles), une écrasante majorité. Qu’il s’agisse de la musique de variétés, du jazz, des musiques de film, des génériques d'émissions télévisées, du rock13, de la techno, du rap ou du hip hop, l'essentiel de la musique occidentale reste dominée par l'harmonie tonale élémentaire. Il est même symptomatique de constater que les musiques non occidentales (notamment la musique japonaise et la musique chinoise), avec l’influence d’Internet, de la mondialisation et des synthétiseurs qui sont tous accordés en tempérament égal, finissent à leur tour par adopter des traits et des caractéristiques propres à l’harmonie classique occidentale. modifier Introduction à l'harmonie tonalemodifier Caractéristiques de l’harmonie tonaleL’harmonie tonale considère l’accord comme une structure organisée à part entière, une unité synthétique, avec ses propres règles de disposition et d’enchaînement. En conséquence, on peut dire que le terme d’harmonie — de préférence, sans majuscule — signifie également « l’ensemble des règles permettant la disposition et l’enchaînement des accords. » Cela dit, cet enchaînement d'accords se conçoit, dans les études classiques, non pas en tant que tel mais en considérant les quatre voix Basse, Ténor, Alto (on dit aussi Contralto pour ne pas confondre avec le violon Alto) et Soprano. Ces règles n’ont rien d’arbitraire : elles résultent des constatations faites par des générations de musiciens qui se sont appuyés — certains, sans le savoir — sur les lois de l’acoustique, et principalement de la décomposition harmonique des sons. Concernant ces règles, il faut toujours garder en tête que, ce qui est simplement acceptable doit être banni, « lorsqu’il est possible de trouver mieux, » et que ce qui est interdit doit être considéré comme possible, « quand on ne peut pas faire autrement. » modifier Notion de mouvementLa première difficulté de l’harmonie, est qu’un accord est le résultat de la combinaison de mouvements mélodiques (principe d’horizontalité) et de mouvements harmoniques (principe de verticalité). Ces deux mouvements peuvent être considérés comme la « matière première » de l’harmonie. Les deux principes de mouvements harmoniques et de mouvements mélodiques n'ont pas toujours été ambivalents. À la Renaissance, c'est la verticalité qui primait. Les baroques ont su mélanger les deux principes. L'écriture de Johann Sebastian Bach (1685 - 1750) abonde dans ce sens en étant à la fois contrapuntique et harmonique14 C'est par exemple le cas du choral final de la 140e Cantate de Bach. À l'époque du classicisme viennois15 dont Mozart et Haydn sont les principaux représentants, la ligne mélodique reviendra au cœur de l'écriture et sera servie par une écriture harmonique assujettie16. On pourra se faire une idée de ce procédé en écoutant le second mouvement du concerto pour clarinette de Mozart. Les jeux de mouvements mélodiques au sein de l'harmonie sont régis par les règles du contrepoint, qui tendent à éviter une certaine présentation d'intervalle17. modifier Notion d’accordAvant d’étudier les trois grandes classes ou familles d'accord, il convient d’établir une distinction entre, d’une part, la disposition verticale des accords (en d’autres termes, les accords au repos), d’autre part l’enchaînement des accords (c’est-à-dire les accords en mouvement). Une fois établis les principes généraux de disposition et d'enchaînement, il convient d’aborder l’étude des trois grandes classes d’accords :
L’harmonie scolastique ignore les familles d’accords de plus de cinq notes. Les accords dits de onzième ou de treizième tonique, dont les appellations semblent suggérer des accords de six et sept notes sont respectivement des accords de quatre et cinq notes placés sur la tonique. La présente section est donc consacrée aux accords classés sans notes étrangères, c’est-à-dire à ce qu’on désigne traditionnellement sous le terme d’harmonie naturelle. modifier Notion de note étrangèreOn entend par note étrangère, une note qui s'ajoute ou se substitue à une note réelle d’un accord (fondamentale, tierce, quinte, septième ou neuvième). Précisons que de telles notes sont étrangères à cet accord, mais pas nécessairement étrangères à la tonalité. Toute note étrangère modifie la couleur de l’accord primitif en amenant une tension, une dissonance le plus souvent : elle doit donc être considérée comme une note attractive. Normalement, la note qui la précède fait fonction de préparation (ou note préparatoire) et la note qui lui succède amène la résolution (ou note résolutive). En fonction de leurs caractéristiques, on peut regrouper les différentes notes étrangères en trois catégories :
Lorsqu’un ensemble de sons simultanés ne peut être analysé comme un accord classé (avec ou sans notes étrangères), il convient de désigner celui-ci sous le vocable d’agrégat. L’étude des agrégats sort bien évidemment du cadre de l’harmonie tonale. L’étude des accords classés modifiés par diverses notes étrangères est traditionnellement appelée harmonie dissonante artificielle. modifier Recommandations élémentaires et objectifsL’harmonie enseignée dans les écoles de musique et les conservatoires, appelée harmonie scolastique, a pour but de former la plume, de l’élève musicien. modifier AuditionPour les musiciens, l'oreille est un outil fondamental. Cela consiste autant en la capacité d'écoute et d'analyse de sons réels qu'en la possibilité d'imaginer les sons, leurs superpositions, leurs enchaînements et leurs timbres. C'est la capacité à entendre intérieurement des musiques qui ne sont pas jouées, à la lecture d'une partition, ou en faisant appel à la mémoire ou l'imagination. Certains professeurs considèrent qu'une oreille développée (mais pouvant être relative) est un prérequis à l'étude de l'harmonie tonale. D'autres considèrent au contraire que l'harmonie tonale est un moyen de développer l'oreille du musicien. Ainsi, selon Michel Baron, professeur d'harmonie au Conservatoire de Saguenay,
Tandis que selon le Conservatoire de musique de Genève, l'objectif du cours d'harmonie comporte, entre autres :
modifier DescriptionL'harmonie scolastique est composée de directives, de consignes, de règles, devant être scrupuleusement respectées par l’élève, dans le but de rechercher, non pas la soumission absolue à un certain nombre de contraintes abstraites, mais plutôt, un ordonnancement fondamental devant faciliter l’accès à la musique tonale occidentale dans ses trois dimensions, rythmique, mélodique et harmonique.
Les recommandations suivantes concernent surtout les voix pour lesquelles sont écrits les devoirs d’harmonie. Ces derniers sont généralement prévus pour les quatre parties d’un quatuor vocal mixte, mais on peut trouver parfois un nombre de parties différent. Le minimum requis est de trois parties, et il n'y a pas de maximum théorique. modifier Désignation, étendue et notation des différentes voixLes voix extrêmes sont d’une part, la plus grave (la basse), d’autre part, la partie supérieure (le soprano dans un quatuor vocal mixte). Les parties intermédiaires sont toutes les autres parties (précisément, le ténor et l’alto dans un quatuor vocal mixte).
Enfin, la notation de piano (quatre voix sur un système à deux clefs : clé de sol 2e et clé de fa 4e), plus économique en place, est parfois utilisée. C’est le cas des exemples de cette série d’articles. modifier Autres recommandationsIl convient de rester le plus possible dans le médium des voix, et de n’utiliser les notes extrêmes (très aiguës ou très graves) que dans les cas difficiles. Lorsqu’une voix passe au-dessus de la voix immédiatement supérieure, on dit qu’il y a croisement — par exemple, si le ténor passe au-dessus de l’alto. — Il est préférable, au moins au début, de ne pas utiliser de croisement. Les parties que l’on perçoit le plus sont :
Il résulte de ce phénomène que les parties extrêmes doivent être surveillées avec le plus de vigilance. Les parties intermédiaires, au contraire, bénéficient souvent de nombreuses licences. modifier Exemples d’harmonie tonale à quatre voixmodifier Passage du do majeur au ré majeurPartons de l'accord de do majeur agencé comme ci-dessous et voyons à partir d'une basse en ré comment passer en ré majeur. Bien entendu, il n’y a aucune raison particulière de passer du do majeur au ré majeur, ce serait même assez pauvre (encore que tout dépende, bien sûr, du contexte) mais ce n’est qu’un exemple qui n’a pour vocation que de présenter les raisonnements associés à la réalisation musicale dans l’harmonie tonale classique. Le do aigu du Soprano ne peut pas passer en ré car il y aurait des octaves consécutives interdites en harmonie classique, le do aigu ne peut pas passer en fa# car ce mouvement de quinte diminuée n'est pas (peu ou mal) autorisé en harmonie classique, le do aigu ne peut pas passer au la aigu car il aurait une quinte directe avec la basse. Il en résulte que le do aigu ne peut que descendre au la, la quinte résultante est tolérée du fait que les mouvements sont contraires avec la basse et que la basse procède par mouvement conjoint. Le sol de l'Alto ne peut pas monter au la car il y aurait des quintes consécutives interdites en harmonie classique, il ne peut pas monter au ré aigu car il y aurait croisement, il doit donc descendre au fa#. Dans ces conditions, le mi du Ténor descend au ré, l'octave directe obtenue est tolérée du fait qu'il s'agit d'un mouvement conjoint et la doublure est tolérée sur une tonique. On voit donc qu'il n'existe qu'une seule possibilité pour passer au ré majeur en admettant la disposition de l'accord de do au départ et l'on comprend ainsi le caractère draconien des règles d'écriture en harmonie classique. L’accord de ré ne pourrait se trouver ni en position de sixte du fait du mouvement do-fa# à la basse, ni en position de quarte et sixte car le soprano devant passer au ré (le fa# est impossible à cause du do-fa# et le la également à cause des octaves consécutives), un passage au fa# de l’alto obligerait le ténor à passer au ré créant une quarte insuffisamment préparée avec la basse, et cette quarte serait également insuffisamment préparée avec le soprano si l’alto monte au la et le ténor au fa#. Il en résulte que pour passer du do majeur au ré majeur, non seulement la solution est unique mais encore le ré doit être en position fondamentale. modifier Passage du do majeur au fa majeurEn revanche, pour passer par exemple du do majeur au fa majeur, il y aurait deux solutions pour un fa en position fondamentale et trois pour un fa en position de sixte ainsi que le montre le schéma ci-dessous. En position fondamentale, le do doit se maintenir au soprano alors que le soprano peut monter au fa (il y a même deux solutions) pour un accord d’arrivée en position de sixte.
Il existe aussi des impossibilités formelles en harmonie tonale, par exemple il n’existe aucune combinaison acceptable pour avancer ou reculer d’un demi-ton, on ne peut donc ni passer au ré bémol ou do dièse majeur, ni passer au si majeur à partir d’un do majeur, les contradictions sont insolubles, il faut ajouter une septième à l’accord d’arrivée pour que ce soit possible, la tonique cesse alors d’être doublée rendant une configuration possible. modifier Notes
modifier Voir aussimodifier Articles connexes
modifier Bibliographie
modifier Liens externes
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